L'Interruption Volontaire de Grossesse - Un choix?

Vanessa MOERLOOS

L'Interruption Volontaire de Grossesse - Un choix?

"La femme qui avorte en Belgique en 2005 est Belge, Marocaine, Luxembourgeoise, Française, Congolaise, Polonaise, Turque, Vietnamienne ou de n'importe quelle autre nationalité. Elle est célibataire, mariée, divorcée, veuve. Elle a 15 ans, parfois, souvent 20 ou 30 ans, de temps en temps 45 ans. Elle veut des enfants mais plus tard ou elle n'en veut pas, elle en a déjà mais n'en veut plus ou pas maintenant, pas avec lui, pas comme ça.

La femme qui avorte en Belgique en l'an 2005 prend la pilule mais l'a oubliée un soir, son copain fait attention, elle porte un stérilet ou n'a pas les moyens de se payer la contraception, n'est pas en état psychologique de s'en préoccuper, se croyait ménopausée. Sa carrière professionnelle, sa situation financière, sa vie de couple, ses relations avec ses parents, sa vie de galère totale, sa jeunesse, ses autres enfants, ses projets ou sa santé précaire ne lui permettent pas d'assumer un enfant maintenant. Le géniteur est son mari, une aventure d'un soir, son amant, son père, son compagnon de toujours, un violeur.

La femme qui avorte en Belgique est catholique, athée, juive, musulmane, protestante ou bouddhiste. Elle habite à Bruxelles, à Spa, à Anvers, à Charleroi, à Brugesu ou ailleurs. Elle fait de la politique, elle est vendeuse, infirmière, ingénieure, sans emploi, avocate ou institutrice. Elle parle français, portugais, flamand, lingala, berbère ou anglais.

La femme qui avorte en Belgique en 2005, c'est notre soeur, notre mère, notre fille qui choisit librement de ne pas devoir supporter sa vie entière la conséquence non désirée de quelques minutes de plaisir (ou même pas)". Profil de la femme qui avorte en Belgique en 2005, in : "Politique, revue de débats", N°41, octobre 2005, pp.11

Le profil de ces femmes diffère-t-il finalement 11 ans plus tard?

Parce que la maternité est un choix et parce que la sexualité peut se vivre en toute liberté sans l'angoisse de la maladie, les femmes ont de nos jours "accès" aux méthodes contraceptives existantes sur le marché. Cependant, force est de constater que l'absence d'un contraceptif ou une mauvaise utilisation de celui-ci est une des raisons régulièrement invoquées. Est-ce par manque d'informations? Est-ce pour des raisons économiques? Est-ce pour des raisons culturelles? Est-ce pour des raisons religieuses? Est-ce le partenaire qui émet des résistances? Est-ce que cela cache un désir inconscient de maternité? Est-ce un mélange de ces facteurs?

Même s'il s'agit d'elle et de son corps, la femme (quel que soit son âge) ne vit pas seule sa sexualité. Elle peut en effet se tourner vers la source d'éducation à la vie affective et sexuelle qui lui correspond le mieux et qui l'accompagnera dans ses réflexions et son cheminement tels que la famille, les pairs, le planning familial, le médecin de famille, le gynécologue, etc. Toutefois, certaines de ces sources peuvent aussi être des freins à cette "liberté" telles que la famille, la religion, le partenaire. Lorsque ces femmes arrivent dans le service de gynécologie avec leur demande d'IVG, le rôle de l'accueillante est alors de pouvoir sans jugement aucun comprendre le ou les raisons de la grossesse non désirée. Et ce dans le but d'éviter les IVG itératives. Il n'est pas rare en effet que ces femmes reviennent pour la même demande avec le risque que cet acte soit alors perçu comme un contraceptif.

Il ne suffit pas de présenter le panel de moyens de contraceptions aux femmes mais de pouvoir leur en expliquer les avantages et les inconvénients; et surtout - dans un premier temps - de prendre le temps de comprendre leur fonctionnement, leur mode de vie, leurs aspirations, leur vie sexuelle, leur dynamique conjugale et familiale, etc.

L'accueillante doit pouvoir reconnaître la détresse des femmes et/ou des couples, écouter, dédramatiser l'intervention tout en veillant à ne pas la banaliser, laisser la place aux doutes - aux questions - aux peurs - nécessaires à la maturation de la décision. Les aider à y voir clair sans rien suggérer et pouvoir apaiser leurs conflits intérieurs. Il va de soi qu'un accompagnement constructif et soutenant avec la patientèle ne peut se faire sans une collaboration étroite avec le corps médical.

De même, l'après IVG (Follow up) ne doit pas être considéré uniquement comme un contrôle post IVG mais aussi comme un espace permettant aux femmes seules ou accompagnées de se poser pour se raconter si le besoin s'en fait ressentir. Un temps d'arrêt - dans un but de prévention - qui pourrait se répéter (hors consultation médicale) avec l'accueillante afin de revenir sur des difficultés éventuelles qui pourraient être de l'ordre sexuel, affectif, relationnel. En effet, reprendre une vie affective et sexuelle peut être source d'angoisse après une IVG chez une femme qui craindrait une nouvelle grossesse non désirée. Corriger des fausses croyances, faire de l'éducation à la vie affective et sexuelle, réinstaurer de la communication au sein des couples les aiderait à retrouver le chemin de l'épanouissement sexuel, à mettre en mot d'éventuelles culpabilités liées à l'IVG, à prendre conscience du/des éléments ayant engendréu la grossesse non souhaitée, etc.

On ne peut faire fi de ces facteurs qui sont des moyens d'éviter d'autres grossesses non désirées; tout en gardant à l'esprit que nous ne pouvons garantir le résultat, certains schémas de pensées étant ancrés depuis la petite enfance.

Un média utile avec certaines patientes sont les planches anatomiques. Certaines femmes - aussi paradoxales que cela puisse paraître - méconnaissent leurs corps. Or, pour accéder à une sexualité responsable et épanouissante, il est opportun de connaître son anatomie (les aspects biomédicaux de la sexualité et de la reproduction + le respect de soi et de l'autre, l'accès au plaisir, etc.) dans le respect évidemment de ses valeurs, de ses croyancesu et de sa religion. D'où la nécessité d'un accompagnement éducatif à la vie affective et sexuelle, synonyme de moyen de prévention.

Quelle que soit la méthode (médicamenteuse ou chirurgicale), trois éléments sont essentiels: la patiente qui doit se sentir en confiance et 'confortable', la présence soutenante et de qualité du médecin et de l'accueillante ainsi qu'un lieu chaleureux et aseptisé. Mais même si tout est mis en oeuvre pour éviter toute douleur, il se peut que la patiente 'souffre' par le simple fait qu'elle appréhende la souffrance, l'inconnu ou parce que sa décision va à l'encontre de ce qu'elle désire au fond d'elle-même. Ces peurs peuvent engendrer une posture corporelle fermée, une contracture musculaire qui peuvent être traitée par l'apport d'outils tels que l'hypnose, la sophrologie.

Parce que l'avortement est un droit donné aux femmes ... faisons en sorte de les accompagner au mieux dans leur cheminement et de prévenir d'autres grossesses non souhaitées en nous attardant sur leur histoire de vie - en les écoutant - pour mieux les comprendre; et ce dans un soucis de bienvieillance. Prenons le temps de nous poser et de réfléchir avec elles (et partenaires s'il y a) à leurs représentations conjugales, familiales et de la sexualité.

 



Bibliographie:

Profil de la femme qui avorte en Belgique en 2005. In Politique, revue de débats. N°41, octobre 2005, pp.11 

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