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Comment réussir son coming out ?

Stéphanie Hannier



Les lesbiennes montent plus souvent au 7e ciel que les hétéros.

On aurait pu le jurer, parfois on ne s’en doutait même pas. Et pourtant, pour les hommes et femmes qui réalisent que leur orientation sexuelle se tourne vers le même sexe que le leur, il se passe énormément de transformations.

Le phénomène du coming out est certainement le terme le plus compatible avec ce qu’il se passe réellement dans ce grand changement. Parce que si certains pensent qu’il s’agit de l’issue d’une transformation, il s’agit bien souvent plutôt du début d’une nouvelle vie.

Mais avant l’annonce aux siens, il y a tout d’abord l’annonce à soi-même, qui n’est d’ailleurs pas toujours des plus faciles.

Edouard, homosexuel depuis peu, précise : "[…] au lieu de transformation, je dirais plutôt révélation en ce sens qu’il s’agit avant tout d’un moment où l’on se dit que c’est ça, on est homo ! Et que malgré tout, on n’y peut rien, c’est comme ça ! C’est une révélation à soi-même. Bien sûr ce n’est pas facile, loin de là, chacun vit dans un monde où la norme dominante est l’hétérosexualité. Dès notre enfance, l’image véhiculée par les médias que ce soit dans les livres pour enfant, les films, la télé, etc, est cette norme ! Il est donc difficile d’aller contre quelque chose qui paraît tellement normal ! Au début, quand j’ai ressenti une attirance pour un garçon, je me suis dit c’était quelque chose de passager, qu’il suffisait de ne pas y penser et que tout irait bien par la suite. Au fur et à mesure que les choses devenaient évidentes, je suis resté un certain temps dans le déni, un déni personnel […] »

Il y a ceux pour qui leur transformation est de l’ordre de l’évidence, d’autres pour qui cela ressemble plutôt à une révélation, et toutes les conséquences que cela engendre : "Peut-être suis-je en fait simplement bi ?", pour finalement réaliser plus tard qu’il y a tout de même une préférence qui émerge. Le temps nécessaire a chacun pour s’orienter réellement est différent selon les histoires de vie, le passé amoureux et l’entourage familial, compréhensif et soutenant ou non. "Je me l’interdisais moi-même". Edouard raconte ensuite : "Ça dépend des gens. J’ai des amis qui n’ont jamais eu aucun doute, et qui dès l’âge de 14 ou 15 ans étaient attirés par des garçons et n’ont pas eu de problèmes avec ça. Par contre j’ai d’autres amis pour lesquels, comme pour moi, cela a été plus compliqué. Comme je le disais, il m’a fallu beaucoup d’années entre les premiers signes vers l’âge de 16 ans et l’acceptation pleine et entière qui pour moi est arrivé vers 23-24 ans. Au début je ne voulais simplement pas l’être, ce n’est pas que c’était inconcevable pour ma famille puisque mes parents ont toujours été compréhensifs en général, mais c’était inconcevable principalement pour moi-même. C’est fou, je me l’interdisais moi-même ! »

Et pour la famille d’ailleurs ? On pourrait dire qu’il y a deux écoles. Celles qui acceptent l’homosexualité en soi, mais "pour les autres" surtout. Cela donne souvent des témoignages où l’on sent une sorte d’espoir d’une passade ou de traversée d’une mauvaise passe.

Puis, il y a celles qui, d’emblée, sont compréhensives et soutenantes, mais qui sont parfois dépassés par le manque de confidence de leur enfant, frère ou sœur, qui se referme sur lui-même pendant un certain temps.

Une révélation pas évidente à assumer. Il faut comprendre que l’image de cette nouvelle orientation n’est pas toujours facile à assumer, et que là encore le poids du regard de l’autre joue énormément. A un point tel que certains préfèrent se cacher tant que cela reste possible, quitte à en être malheureux. Quel serait le conseil d’Edouard ? "Je conseillerais à tous ceux qui ne se sentent pas prêts à l’assumer devant les parents ou la famille. Attendre le bon moment, le moment où l’on est sûr de soi et d’être sur que les autres seront capables d’accepter. Attention une fois dit, il n’y a pas de retour possible… »

Ensuite, chez certains, le temps qui suit est celui du contrepieds, il faut exprimer son homosexualité sous tous les angles et avec une forte expression : l’expression verbale change, l’habillement, les fréquentations… Chacun le fait à des degrés différents bien sûr. Peut-être est-ce une aide non négligeable à s’affirmer….et s’aimer soi-même ?

Ironie du sort, peut-être est-ce également cette expression parfois exacerbée qui aide toute une population à s’affirmer, quitte à se démarquer, elle qui veut pourtant crier à l’égalité…

Stéphanie Hannier est sexologue clinicienne et hypnothérapeute, elle travaille au centre paramédical Médéo de Huy et collabore au site masantesexuelle.com




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