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1001 façons de dire "Je t’aime"

Stéphanie Hannier



De nos jours, comment vivre au mieux la déclaration de nos sentiments et irradier de bonheur ?

Bien que la phrase « Je t’aime » soit dans les phrases les plus courtes à prononcer, c’est pourtant probablement dans les plus difficiles à exprimer, tant elle est importante. Elle condense un cocktail de sentiments, d’émotions, mais aussi d’ouverture à l’autre et d’abandon. De nos jours, comment vivre au mieux la déclaration de nos sentiments et irradier de bonheur ? Partons à la rencontre du sexologue Jacques Splaingaire.

Comment parlez-vous de sentiments et de leur expression à vos patients ?

Le mot « aimer » n’a pas de sens intrinsèque. J’ai d’ailleurs toujours été amusé d’entendre mes grand ’parents me dire qu’à « leur époque », où le mariage était plus ou moins convenu - voire parfois arrangé – on choisissait ainsi le conjoint en fonction de qualités diverses, morales et matérielles. Et bien avant de se dire « je t’aime », en wallon on disait « Dji vô vouè voltî ». (Je vous vois avec plaisir), ce que leurs contemporains flamands exprimaient d’ailleurs de la même façon par leur « Ik zie je graag ». Et nous touchons ainsi du doigt le « pourquoi » du « je t’aime. » Car en réalité, la plupart des gens sentent qu’ils ressentent un sentiment … mais ne se posent pas du tout la question de ce qui peut bien provoquer cette émotion, puis ce sentiment.

En parlent-ils d’eux-mêmes ?

En général, les personnes qui consultent, viennent pour « résoudre un problème ». Ils viennent déposer « un truc qui ne va pas », puis ajoutent « et pourtant je l’aime ». Et à à ma question « ha bon, et pourquoi ? » ils restent le plus souvent bouche bée … et répondent « ben … parce que je l’aime quoi ! »

En fait, ils croient en une chose dont ils n’ont pas la moindre conscience, et l’affirment … Ils considèrent l’amour comme « allant de soi », comme quelque chose de normal et d’évident … à tel point qu’ils l’évoquent et en parlent … mais sont en réalité incapables d’en parler car ils n’ont pas conscience de ce que c’est.

Et lorsqu’ils ne ressentent plus d’amour pour leur conjoint, ça leur semble tellement extraordinaire et anormal qu’ils viennent trouver le sexologue en lui demandant de « réparer le problème », alors qu’en réalité il n’y a pas de problème à résoudre, mais bien une difficulté à fonctionner autrement que « quand ça allait tout seul ».

Où se situe l’expression des sentiments à notre époque ? Est-ce encore important/plus important ou ringard ?

L’expression des sentiments n’est ni ringard ni « in ». L’expression des émotions et des sentiments est une compétence de communication et elle nécessite deux capacités : la conscience de la nature exacte des émotions et sentiments et la lucidité des implications de ceux-ci. Et ENSUITE SEULEMENT la compétence de l’expression. Mais fondamentalement c’est l’incapacité à identifier les émotions qui génère la difficulté à les exprimer. Il n’est déjà pas aisé d’énoncer une chose qu’on identifie clairement, alors, vous pensez … quand on ne le sait pas …

En outre, notre époque est l’époque de l’impatience : on confond « efficace » avec « rapide ». Ce qui signifie qu’on ressent le besoin d’agir et parler même si on ne sait pas comment le faire. Il en va de même pour ses émotions et sentiments, et on ne va pas prendre le temps de « faire la cour » à la personne qui nous plaît, il faut « verrouiller rapidement » le fait et le considérer comme réglé ou acquis.

L’expression des émotions et sentiments passe ainsi en second plan, au profit de l’action rapide, mais du coup il n’y a pas non plus de prise de conscience des dites émotions et sentiment et de leur état … et modifications de ces états. On est juste embarqués dans un bouillonnement émotionnel, puis dans des croyances et enfin des habitudes, qui forgent alors une relation … dont les protagonistes sont bien incapables d’expliquer le sens, hormis répéter « et pourtant je l’aime » ou plus souvent « et pourtant je l’aimais » et aussi plus effroyable lieu commun : « on veut construire quelque chose ». Tout cela sans avoir la moindre conscience, que ce qu’ils veulent « construire » est le plus souvent une illusion, car un gosse et une maison sont la concrétisation d’un sentiment amoureux … mais en aucune manière une quelconque garantie de sa qualité et/ou de sa pérennité.

Bien peu de gens peuvent dire « Ma chérie je t’aime, notamment parce que tu es roulée comme un avion d chasse » ou encore « Mon amour je t’aime parce que tu m’offres une vie confortable et luxueuse ».

Est-ce une chose difficile à travailler et mettre en place avec eux ?

Non, en parler n’est pas difficile. Ce qui est difficile c’est de les amener à savoir de quoi ils parlent.

En tant que professionnel à la longue carrière, c’est quoi l’amour aujourd’hui ? Que retirez-vous de votre expérience ?

Pour moi, l’amour aujourd’hui est le plus souvent une incroyable confusion entre ce que l’on croit et ce que les choses sont. Bref, un mirage. En fait, on croit « avoir besoin d’aimer et être aimé» et on idéalise de manière absurde une chose – l’amour – qui est déjà merveilleuse en soi, mais dont on attend de tels miracles qu’on n’a aucune conscience de l’illusion que sont ces attentes. Et de ce fait, comme on n’explique pas un miracle, on ne prend pas soin du sentiment puisqu’il est miraculeux et « naturel », et on l’abime par négligence. Alors que rien n’est aussi fragile et instable qu’une émotion. Et l’illusion majeure consiste à croire que l’amour dure « naturellement » et sa dauphine consiste à croire que la pérennité est synonyme de bonheur et que la fin d’un amour serait une catastrophe ou un échec.

Ce qui peut pourtant ne pas être un problème en soi, car on peut « enchaîner des amours heureuses », et de mon point de vue, 5 relations de 6 ans valent bien une de 30. Mais l’absence de lucidité amène beaucoup de personnes à connaître plusieurs relations … dont ils considèrent la fin comme un échec, alors que les relations en question ont été objectivement plutôt réussies, sauf au regard de l’illusion de perfection et d’éternité. Du coup, connaître 5 amours relativement réussies devient : « 5 échecs de ma vie » … Et on idéalise a contrario l’amour de deux personnes qui sont parvenues à s’ennuyer ensemble pendant 30 ans !

Que conseillez-vous aux amoureux de tout âge ?

Souvent, je leur dis que leur sexualité est le tableau de bord de l’amour. ET qu’il vaut beaucoup mieux demander « que puis-je faire pour te rendre les choses plus agréables ? » que de demander « tu m’aimes ? »

Que ce soit dans la vie ou au lit.

Je vous remercie ! Nous ne pouvons qu’espérer que chacun trouve son mode d’expression de l’amour, à son rythme, et que nous arrivions à le communiquer à une personne de choix qui nous respecte et nous aime pour ce que nous sommes.

Si vous désirez en parler avec un sexologue ou voulez obtenir plus d’informations sur la sexualité, rendez-vous sur le site de consultation en ligne www.masantesexuelle.com.

Voici ce que Marie est venue confier à la sexologue sur le site de consultation en ligne www.masantesexuelle.com :

« Je crois qu’il y a un problème avec le « Je t’aime ». Je ne sais pas si c’est le prince charmant de Walt Disney qui est responsable, ou la pression des comportements attendus dans notre société, mais mon dieu quelle pression. Je parle de pression de couple, de pression personnelle et de pression sur l’autre. Ce n’est peut-être pas normal de le vivre comme ça, mais je vois que pour mes amies c’est pareil. On sort à peine avec quelqu’un qu’on se demande si on a une importance ou pas. Si c’est le cas et que la relation dure, alors on « attend » la fameuse phrase, parfois tellement que c’est stressant, puis on se demande aussi si on ne devrait pas le dire nous-même. Un peu comme la demande en mariage …. »

Réponse de la sexologue Stéphanie Hannier :

« Vous exprimez et reflétez bien le malaise que nous vivons actuellement dans notre société, l’impatience dont nous sommes tous un peu victimes. Nous voulons « tout, tout de suite », pour la reconnaissance et l’amour que l’on attend, la réussite, la possession, et tant d’autres choses. Les médias ne nous aident pas à se défaire de cette illusion. Quand il s’agit d’amour, rien n’est du car c’est un cadeau, et tout doit être considéré dans ce sens. Comme disait le sexologue et gynécologue Armand Lequeux, on « se choisit chaque jour », et la vie amoureuse est à penser dans ce sens. C’est ce respecter soi-même en acceptant ses limites et en prenant le temps de comprendre ses préférences. C’est aussi respecter l’autre dans son fonctionnement, ses qualités et ses inévitables imperfections.

Quand cette base est comprise, l’amour et son expression découlent logiquement et se vivent dans un partage continu. Ce n’est pas une théorie fumante, c’est celle qui permet un amour sincère et durable ».




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