Pas de sexe sans latex

Stéphanie Hannier

Pas de sexe sans latex

Alors que les campagnes de sensibilisation ne manquent pas et que la plupart des belges sont conscients de la gravité des infections sexuellement transmissibles, l’Institut de la Santé Publique fait part d’une augmentation de personnes infectées. De plus, le virus du VIH contamine encore près de deux personnes sur trois de nos jours. Pour comprendre ce phénomène, nous avons interrogé la sexologue Valérie Doyen.

Si l’âge de la première relation sexuelle ne s’est pas fort modifié ces dernières décennies, il n’en reste pas moins que les comportements sexuels ont changé. En effet,  non seulement le nombre de partenaires sexuels a augmenté, mais il y a également plus de partenaires occasionnels. Ces deux constats constituent deux facteurs de risques non négligeables. En effet, les personnes qui ont régulièrement des « one shot », d’un ou plusieurs soirs, ne connaissent généralement pas du tout le passé sexuel du/de la partenaire.

Valérie Doyen, que constatez-vous dans votre pratique professionnelle ? Diriez-vous que ce sont plutôt les « jeunes » qui ont tendance à prendre plus de risques ? Est-ce une question d’éducation sexuelle ?

V.D. : « Lors de mes consultations je rencontre des patients de tous les âges et j’ai pu constater que des jeunes mais également des moins jeunes prennent des risques. En effet, avec la multiplication des partenaires qui s’est accrue ces dernières années, les personnes de 40 à 70 ans peuvent avoir des nouveaux partenaires sexuels. J’ai régulièrement des femmes de 45-60 ans qui m’expriment leurs difficultés à proposer de mettre un préservatif simplement car elles ne savant pas comment ça fonctionne. Il m’arrive donc de leurs montrer comment le mettre à l’aide d’un sexe d’homme en plastique. C’est aussi une question d’éducation sexuelle. Lorsque les parents ont pu laisser des préservatifs à disposition de leurs ados. Il y a plus de chance que ceux-ci soient conscientisés. Si en plus, les parents laissent « traîner » une brochure explicative sur les risques des IST alors là c’est super. L’ado ne va pas vouloir spécialement parler de sa sexualité avec ses parents et c’est logique. L’idée étant d’informer les jeunes qu’ils peuvent aller poser leurs questions ailleurs comme dans les plannings familiaux. Nous constatons que le tabou autour de la sexualité reste puissant malgré la révolution sexuelle. De plus, on parlait davantage du SIDA dans les années 80-90… on doit continuer à informer et mobiliser les jeunes et les moins jeunes autour de la question. »

N’y-a-t-il pas là une question d’estime de soi sexuelle. ? On sait en effet aujourd’hui qu’une personne qui n’a pas confiance en elle et/ou ne s’estime pas énormément a tendance à avoir plus de comportements à risques. En effet, face à un(e) partenaire, il faut pouvoir exprimer ses envies, son désir, mais aussi pouvoir mettre ses limites. Mais une personne qui n’a pas confiance en elle ou ne s’estime pas énormément peut avoir du mal à exprimer ces points, parce qu’elle ne veut pas paraître « ringard(e) » et décevoir le/la partenaire. Mais cela peut mener vers une prise de risques qu’elle pourrait regretter amèrement.

Que constatez-vous dans votre clinique sexologiques ? Les gens osent-ils dirent ce qu’ils veulent et faire respecter leurs limites ?

V.D. : « Pas toujours et ça peut provoquer des dysfonctions sexuelles importantes comme des douleurs à la pénétration, une perte de désir, une absence de plaisir… L’âge du 1er rapport sexuel n’a pas beaucoup évolué ces dernières années mais les pratiques sexuelles ont, elles, évolué. Beaucoup de jeunes filles se laissent aller à des fellations ou des caresses sexuelles (même à plusieurs) avant d’avoir eu des rapports sexuels avec pénétration. Certaines témoignent qu’elles n’osent pas exprimer leur envie ou non-envie. Elles se laissent guider par l’autre et disent oui pour ne pas le décevoir ou le perdre. Alors le préservatif dans tout ça… Il faut une bonne dose de confiance en soi pour stopper le partenaire avant la fellation ou la pénétration. D’où l’importance de la conscientisation des deux partenaires. L’idéal est d’en parler avant les moments intimes afin de ne pas « casser » l’ambiance érotique. Beaucoup témoignent aussi de la peur de la réaction du partenaire s’il demande le préservatif. Comme si proposer de le mettre signifiait qu’on doute de lui. Certains critères semblent aussi nous rassurer comme l’apparence physique, les sentiments, la catégorie sociale, la confiance… et on sortira moins vite le latex. Mais attention les apparences peuvent être trompeuses. Alors ne laisser pas la place à la chance mais protégez-vous. Apprendre à dire non aux rapports sexuels non protégés n’est vraiment pas simple. Et encore moins pour celles et ceux qui souffrent d’un manque de confiance. Se sentir respecté est la règle d’or lors des rencontres sexuelles. C’est dans le respect que peut s’installer le plaisir. Ne pas savoir ou pouvoir mettre ses limites peut nous emmener vers des comportements à risques qui auront des répercussions sur notre vie sexuelle future. »

Certaines personnes pensent, à tort, que si aucun symptôme n’est constaté après une relation sexuelle dite à risques (pas de protection, la capote craque, etc), c’est que leur partenaire ne représente aucun danger. Attention aux fausses croyances et raccourcis, les infections sexuellement transmissibles (IST) ne sont pas spécialement contaminantes lors du premier rapport. Ne faites donc pas de cette chance une conclusion hâtive et dangereuse.  

Que conseillez-vous donc lors d’un premier rapport sexuel, des « one shot » aux relations les plus sérieuses ? Et qu’en est-il des préliminaires ? Sont-ils également à risques ? Et le plaisir dans tout cela ? Beaucoup de personnes disent qu’un préservatif diminue le plaisir. 

V.D. : « L’usage du préservatif peut varier selon le type de partenaire. Les différentes études montrent que le préservatif apparaît davantage chez les multipartenaires (c'est-à-dire ceux qui ont plusieurs partenaires par an). Mettre un préservatif indique aussi la nature du lien entre les partenaires. Le conseil principal est que pour toute nouvelle relation un préservatif est évidemment indispensable. Même lors des préliminaires bucco-génitaux (fellation). 

Il existe un moyen de se protéger des IST lors de cunnilingus : la digue dentaire. Ce carré de latex est mal connu du public car pas simple ni très « glamour » à utiliser. Elle peut aussi être utile lors de baiser de l’anus.  Les études indiquent que lorsque la relation devient sérieuse, le préservatif passe à la trappe, et ce après souvent un test de dépistage. Il est assez logique que, lorsque deux partenaires entretiennent une relation de confiance, ils oublient ce bout de latex – qui n’est pas toujours facile pour le plaisir sexuel -. Le préservatif peut avoir des vertus très positives, surtout pour les jeunes hommes qui souffrent d’éjaculation prématurée. Le latex peut diminuer la sensibilité, et donc l’excitation, sans faire perdre l’érection. Il peut également aider les jeunes femmes qui ressentent certaines douleurs à la pénétration. En effet, comme le préservatif est lubrifié, il peut aider le pénis à pénétrer dans le vagin plus facilement, et occasionner ainsi moins de douleurs. Nous conseillons de voir le préservatif comme un jouet sexuel (vu la gamme on peut varier les plaisirs) qui peut nous protéger de bien des surprises. »



Bibliographie:

Stéphanie Hannier

Voir plus



Articles connexes


On vous aide, nos 3 services !


Questions par e-mail

8 € / question

Nos thérapeutes diplômés et professionnels répondent à toutes vos questions écrites dans un délai de 48H.

  • Confidentiel et sécurisé
  • Facile et personalisé
  • Réponse rapide

Consultation par Skype

A partir de 20 €

Prenez rendez-vous quand vous le souhaitez avec l'un de nos experts diplômés et entamez dès maintenant une consultation personnalisée.

  • Confidentiel et sécurisé
  • Choisissez votre thérapeute
  • Vidéo ou chat (Skype)
  • Discret et personnalisé

Coaching vidéo

A partir de 16 €

Apprenez maintenant à surmonter vos difficultés grâce à nos vidéos de coaching élaborées par des professionnels.

  • Confidentiel et sécurisé
  • 7 à 10 vidéos
  • Exercices pratiques
  • A votre rythme


Vous souhaitez rejoindre notre équipe professionnelle de thérapeutes ?   Faites votre demande