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Comment la sexualité des seniors se vit-elle?

Valérie Doyen



En 2010, un quart de la population mondiale aura plus de 60 ans. Et pourtant parler de la sexualité des seniors reste tabou, pourquoi ? Le Dr Marc Ganem(1) explique : « il y a quelques années, la notion de plaisir chez les seniors passait souvent au deuxième plan derrière les préoccupations de santé et le maintien du niveau de vie. »

Vieillissement et sexualité représentent deux sujets « brûlants » qui, associés, représentent peut-être une bombe émotionnelle qui l’est préférable de laisser en dehors de la maison, du couple ?

Tout au long de cet article nous voulons montrer que même après 50 ans la vie sexuelle continue sa route. Elle emprunte simplement des chemins différents pour arriver au plaisir.

De vielles croyances, voir des stéréotypes, sur la sexualité des personnes âgées montrent que bon nombre d’entre nous préfèrent penser qu’après un certain âge la sexualité n’existe plus. Elle serait remplacée, entre autre, par l’affectivité. Nous entendons régulièrement les phrases suivantes lors de nos formations auprès des professionnels de la santé :

  • Chez les personnes âgées la sexualité est sans importance
  • A partir d’un certain âge le sexe n’est plus qu’un bon souvenir
  • Les vieux ne ressentent plus de désir 
  • Avec tous leurs problèmes physiques la sexualité est tombée aux oubliettes
  • Même s’ils le voulaient ils n’y arriveraient plus
  • Le vieillissement les rend moins attirants l’un envers l’autre
  • C’est honteux à leurs âges…

Il y aurait encore bien d’autres propos à vous relater mais nous pensons que ceux-ci suffissent à montrer que le sexe chez les personnes âgées reste plutôt mal vu, ou à tout le moins mal vécu. Un autre exemple très explicite : l’existence, ou plutôt devrions nous dire la non-existence, de la sexualité dans les maisons de repos. Dans certaines institutions qui accueillent des seniors, avoir un rapprochement avec l’autre sexe constitue pratiquement un interdit.

Nous allons vous expliquer de façon la plus brève possible que le vieillissement ne signifie pas nécessairement la fin de la vie sexuelle.

Nous aborderons la situation des personnes ne présentant pas de problèmes physiologiques importants qui pourraient entraver la sexualité, ce qui m’hériterait de faire l’objet d’un autre article.

Si vous désirez en parler avec un sexologue ou voulez obtenir plus d’information sur la sexualité, rendez-vous sur le site de consultation en ligne www.masantesexuelle.com

 

1. Changements physiologiques ?

C’est Masters et Johnson (1966), qui ont réalisé les études les plus détaillées sur les aspects physiologiques de la sexualité humaine. Ils affirment que « la sexualité féminine ne connaît pas de limite d’âge ». En ce qui concerne l’homme, ils en concluent que, placé dans des conditions physiques et émotives convenables, « l’homme garde assez fréquemment sa capacité sexuelle jusqu’à quatre-vingts ans et même au-delà ». Les études montrent que la fréquence des rapports sexuels diminue avec l’âge. Un vieux proverbe dit « moins on en fait, moins on à envie d’en faire ». La traduction sexuelle c’est qu’il faut pratiquer pour garder la forme. Les rapports sexuels sont nécessaires pour entretenir chez la femme une bonne élasticité vaginale et chez l’homme une bonne vascularisation des corps caverneux.

Peut-on observer des changements physiologiques de la réponse sexuelle ?

A/ Chez la femme :

  • Bien que la lubrification vaginale se fasse plus lentement (effet de la ménopause) le clitoris demeure très sensible
  • La potentialité des zones érogènes est conservée
  • Le potentiel orgasmique reste intact (même si des témoignages relatent une intensité moins forte qui est due à la diminution de la tonicité du muscle pubo-coccygien) 
  • Le désir peut rester inchangé

B/ Chez l’homme :

  • La stimulation du pénis doit être plus longue pour obtenir une érection étant donné que les corps caverneux offrent une inertie plus grande avec l’âge.
  • La force éjaculatoire diminue en vieillissant et le délai à l’obtention d’une deuxième érection après l’orgasme est plus long que chez l’homme jeune.
  • Une diminution de la sensation lors de l’éjaculation diminue les sensations orgasmiques. L’éjaculât est diminué en volume et devient plus liquide.

Les changements physiologiques, les plus généraux, traduisent que la femme et l’homme ont simplement besoin de davantage de stimulations. Comme l’explique Bondil (2) : « La réalité des modifications de « performances sexuelles physiologiques » doit être connue pour être mieux acceptée ce qui évite un déphasage à l’origine de frustrations dans le couple. Elle facilite également la notion d’adaptation pour une sensualité plus « complice » et moins performante même si la capacité érectile reste toujours un facteur prédictif de la satisfaction sexuelle chez l’homme. »

2. Changements psychologiques ?

Il est évident que les changements psychologiques peuvent dépendre d’une personne à l’autre. Nous allons dresser les plaintes psychologiques les plus souvent entendues lors de nos consultations sexologiques.

A/ Chez la femme

  • S’accepter avec sa nouvelle apparence physique 
  • La perte de confiance en soi (avec des répercussions sur la séduction)
  • La pénurie de partenaires masculins : les femmes survivent aux hommes 
  • Vieillir signifie aussi pour elle le départ des enfants de la maison familiale : une épreuve supplémentaire.
  • Elle ne se sente plus attirante elle-même alors comment plaire à l’autre

B/ Chez l’homme

  • S’accepter avec sa nouvelle apparence physique
  • S’acclimater au fait que les érections vont être un peu différentes (dans le temps et la durée par exemple).
  • S’adapter à sa nouvelle vie de pensionné ou pré-pensionné.
  • Son image de mâle est mise à l’épreuve car ne sait plus tout faire comme avant.

Ces changements psychologiques peuvent entraîner des angoisses, du stress, de l’isolement… ce qui ne favorise pas les contacts et donc encore moins les rapprochements affectifs et sexuels. La personne rentre alors dans un cercle vicieux qu’il faut briser le plus vite possible. C’est un de nos objectifs thérapeutiques : montrer à la personne qu’elle possède encore un potentiel de séduction, d’attirance, de sexualité …


3. La thérapie sexologique chez les seniors

Lors des consultations sexologiques, un mot revient fréquemment chez les seniors: résignation. Ils expliquent que la sexualité est devenue secondaire avec le temps et qu’ils se résignent. Cependant ils font une démarche thérapeutique, pourquoi ?

  • Ils voudraient comprendre et mettre des mots sur cette diminution des rapports sexuels.
  • Savoir s’ils sont dans la norme.
  • Savoir s’il y a des choses à faire ou si leur cas est sans retour.
  • Avoir des conseils pour se rapprocher de l’autre doucement, sans le « bousculer ».
  • Apprendre à s’aimer autrement.
  • Ils pensent que la thérapie sexologique représente leur dernière carte.

Avant toute chose nous expliquons aux patients que leur corps a changé, qu’il est donc logique que leur sexualité évolue également. La première étape sera l’acceptation. Nous les aidons évidemment en leurs expliquant qu’il faut profiter de ces changements et de les vivre sous forme de jeux, de découvertes, de folies, de nouveautés… Nous stimulons leur imaginaire érotique.

Nous prenons ensuite quelques séances pour aborder les préliminaires. Les préludes représentent les fondations du rapport. Ils doivent être solides afin que puisse venir s’inscrire la pénétration au bon moment. Le bon moment c’est lorsque l’excitation n’est pas trop faible mais pas trop forte non plus. Nous étudions avec eux les préliminaires en détails et construisons des nouvelles manières de les concevoir.

Comme l’explique Trudel (3) :« Les personne âgées qui continuent d’avoir des relations sexuelles disposent d’une source importante de renforcement et de plaisir qui aide à conserver un bien-être physique et psychologique… » Nous insistons donc sur le fait de mettre en pratique chez eux ce que nous apprenons en théorie dans le cabinet.


Pour conclure nous constatons que la réalité est moins pire que l’on pourrait l’imaginer. Les seniors avec une motivation suffisante, une entente conjugale satisfaisante, une bonne confiance en soi, une acceptation de leurs changements corporels… arrivent à maintenir une vie sexuelle épanouie. Les règles du jeu de leurs rapports intimes évoluent vers une vie affective remplie davantage de caresses et de baisers.

Si vous désirez en parler avec un sexologue ou voulez obtenir plus d’information sur la sexualité, rendez-vous sur le site de consultation en ligne www.masantesexuelle.com


Pascal de Sutter et Valérie Doyen



Bibliographie:

• (1) Ganem M., président de la Sociéte Française se sexologie Clinique et Président de la Wolrd Association of Sexology, texte présenté lors d’une conférence à Rome. • (2) Bondil P., Dysfonction érectile et vieillissement : qu’en est-il ? In La dysfonction érectile, Edition John Libbey Eurotext, 2003 : pp 85-98. • (3)Trudel G., Les dysfonctions sexuelles, 2e édition, Presse de l’Université du Québec, 2003. • Camacho ME and Reyes-Ortiz CA, Sexual dysfunction in the elderly: age or disease? Int J Impotence Res, 2005, 17: S52-S56. • Jarousse N., Sexualité et vieillissement, Pratique du champs social, 1995. • Babeau D., Bergeron A., Bien vieillir…en santé sexuelle, Edition du Méridien(Québec), 1997. • Blanc C., La sexualité des femmes n’est pas celle de magazines, Edition la Martinière, 2004. • le Goués G., Etre vieux, revue Autrement, 1991. • Trudel G., La baisse du désir sexuel. Méthode d’évaluation et de traitement, Editions Masson, 2003. • Carrère d’Encausse M. et Cymes M. La Sexualité, Edition Marabout, 2005 • Master W.H. et Johnson V.E, Human Sexual Reponse et Human Sexual Inadequacy, Boston, Little, Brow 1966. • Kaplan H.S., The physilology of the sexual response, 1979. • Walsh KE., Berman JR., Sexual dysfunction in the older woman: an overview of the current understanding and management; Drugs Aging, 2004: 655-675. • Dallair Y., Pour que le sexe ne meure pas : la sexualité après 40 ans, Edition option santé, 1999. • Badeau D., Bergeron A., bien vieillir… en santé sexuelle, Edition du Méridien, 1997.

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