Domination, soumission et BDSM

Jacques Splaingaire

Domination, soumission et BDSM

Le roman « 50 shades of Grey» (50 nuances de Grey) a amené le BDSM dans nombre de chambres à coucher, ou à tout le moins le fantasme d’y toucher. Nombre de publicités évoquent par ailleurs l’érotisme un peu sulfureux de cet univers.
Avant ce roman, des ouvrages mythique comme « Histoire d’O » ou, plus près de nous,  « Le Manoir » ou le roman autobiographique « Le lien » de Vanessa Duries avaient déjà  fait grand bruit.
L’acronyme BDSM signifie
·       Bondage & Discipline (entrave/ligotage et discipline)
·       Dominance & Submission (domination et soumission)
·       Sado-Masochism (sadomasochisme)
Le bondage consiste à entraver son/sa partenaire à l’aide de liens divers, tels que chaînes, menottes, liens de cuirs ou cordes. Il est à noter que le « ligotage » avec des cordes fait l’objet d’une discipline spécifique, le shibari ou kinbaku. Cette technique d’origine japonaise est élevée au rang d’art par certains pratiquants. L’esthétique des figures des cordes et la complexité des nœuds alimentant l’érotisme de la séance.
La discipline étant quant à elle le respect scrupuleux des ordres de la personne dominante et le respect de règles et protocoles qu’elle impose à la personne soumise.
La domination/soumission consiste en un échange de pouvoirs érotiques. La personne soumise s’abandonnant totalement et s’en remettant à la seule volonté de la personne dominante. Il existe pour les soumis(e) un plaisir suave à se laisser totalement guider dans diverses pratiques sexuelles sans devoir prendre la moindre décision. Ce lâcher prise de sa volonté permet de se concentrer sur les sensations érotiques. Pour la personne dominante, le plaisir se situe dans le fait d’avoir un(e) partenaire sexuel « à sa merci » qui réalise toutes ses volontés sans rechigner. Ces pratiques, lorsqu’elles sont mutuellement consenties et encadrées, peuvent avoir un effet bénéfique pour des personnes trop inhibées ou au self-control trop élevé.  
Le sadomasochisme consiste ne des jeux érotiques où la personne dominante prend plaisir à « tourmenter » la personne soumise en la faisant « surfer » sur la crête de la vague séparant douleur et plaisir. Celui-ci provenant souvent de décharges d’endorphines survenant durant l’état de conscience modifié généré par l’excitation. La douleur est contrôlée d’une manière subtile pour que l’expérience reste globalement positive.
L’univers BDSM intègre également le côté « fetish », le plus souvent illustré par des accessoires vestimentaires à base de cuir et de latex.
Le concept est donc sensiblement plus large que la seule activité sexuelle et peut être envisagé sous un jour, ou dans un cadre, davantage érotique qu’uniquement sexuel. Il est d’ailleurs fréquent que sa pratique ne s’accompagne pas d’une relation coïtale.
Bien que le DSM 5 le classe comme paraphilie, un trouble sexuel, quelques études tendent à ne pas voir les choses de la même manière. Une étude australienne de 2002 portant sur des milliers de sujets, publiée en 2008 dans le « Journal of sexual medicine »[1]  tire comme conclusion que les pratiques bdsm relèvent d’une curiosité sexuelle et d’une sous-culture et n’entraînent pas d’aspect pathologique ni d’origine traumatique chez les sujets observés.
Une autre étude très récente, menée par  Andreas A.J. Wismeijer PhD, de l’universié de Tilburg (NL)  et publiée on line en mai 2013 [2] arrive aux mêmes conclusions et relève même que les pratiquants présenteraient moins de troubles et d’aspect névrotiques que les sujets pratiquant une sexualité « classique »
On peut poser quelques questions qui permettent de distinguer le sain du pathologique :
-         Le sujet peut-il aussi mener des relations sexuelles "classiques" épanouissantes sans avoir recours au BDSM ?
-         Les participants aux jeux BDSM sont-ils tous et toutes adultes et consentant(e) ?
-         Le sujet peut-il se passer de BDSM pendant de longues périodes ?
-         Le sujet peut-il vivre sereinement ses expériences BDSM en pleine conscience des limites à ne pas dépasser ?
-         Le sujet vit-il ses expériences BDSM avec joie, fantaisie, plaisir et sans syndrome psychologique post-traumatique ?
Si la réponse est oui à ses questions, on peut considérer que la pratique du BDSM n’est pas dysfonctionnelle ou pathologique.
Il s’agit alors simplement de fantaisies érotiques pour maintenir le désir et la sensualité au sein du couple.
Cette forme de sexualité peut tant faire l’objet d’une relation basée sur les positions de dominant et dominé, que se limiter à des jeux de rôles. Ceux-ci sont le plus souvent ritualisés de manière plus ou moins importante et structurées, avec des « codes » et protocoles que chacun établira en fonction de ses plaisirs, ou en fonction des habitudes d’un groupe auquel il adhère.
Toutefois, il est tout aussi clair qu’il y a lieu de se pencher  sur les limites au-delà desquelles sa pratique deviendrait  pathologique et/ou dangereuse.
Dans des jeux d’humiliation, on peut par exemple raisonnablement s’interroger sur le bienfondé de la pratique avec des personnes psychologiquement fragiles ou momentanément fragilisées. Il y a souvent une certaine distance entre le fantasme et la réalité vécue … Il y a donc lieu de bien en discuter avant et après.
Dans des jeux de domination/soumission, une certaine prudence s’impose afin de ne pas transposer dans la chambre à coucher des rancœurs domestiques … et inversement ! Il y a lieu de se souvenir que le conjoint qui aime se faire un peu bousculer dans sa sexualité n’est peut-être pas prêt à le faire à tout moment … et qu’adopter des attitudes dominantes dans sa sexualité ne s’accorde pas nécessairement avec des comportements égoïstes ou machistes dans la vie courante …
D’autre part le «consentement mutuel » des deux partenaires est essentiel, chacun devant se sentir « à l’aise » avec son rôle. Il est à noter que le fantasme de la soumission de l’homme à la femme est relativement fréquent, même si la domination de la femme par l’homme est plus fréquente. On peut s’interroger sur les raisons qui peuvent amener un(e) partenaire à se soumettre à l’autre. Ce qui est le plus souvent relevé est le plaisir. […]Autre érotisation possible, plaisir de la douleur, mais aussi plaisir de se soumettre, de pouvoir entrer dans un rôle féminin pour un homme, de s’abandonner, de perdre le contrôle […][3]
Et enfin dans les pratiques sadomasochistes, il faut  garder à l’esprit qu’assez peu de personnes érotisent la douleur pour elle-même, et que c’est souvent davantage le contexte et l’excitation qui induisent le plaisir et non la pratique en elle-même. Il y a donc lieu de bien rester à l’écoute de son/sa partenaire afin de ne pas l’entraîner dans des pratiques qui ne reposeraient que sur le seul désir de ne pas décevoir.
Quelques conseils de base
·       Toute pratique doit être consensuelle et faire l’objet du désir conjoint des deux partenaires.
·       Convenir d’un « safe word » (mot-sécurité) qui met radicalement et immédiatement fin au jeu s’il est prononcé (par exemple "STOP") par l’un des partenaires.
·       En cas de bâillonnement, il convient de convenir aussi d’un geste-sécurité (par exemple pouce levé) qui signifie que l’on veut mettre fin au jeu.
·       Ne jamais laisser seule une personne attachée, de quelque manière que ce soit
·       Toujours avoir une paire de gros ciseaux ou un sécateur à portée de main immédiate si on attache le/la partenaire.
·       Ne jamais faire passer autour du cou un quelconque lien qui serait relié à quoi que ce soit, y compris une autre partie du corps.
·       Ne jamais laisser seule une personne à qui on aurait posé un bâillon.
·       Ne jamais poser un bâillon à une personne souffrant d’asthme, d’épilepsie ou de spasmophilie.
·       Se souvenir que les zones à faible masse musculaire ou adipeuse (dos, côtes, lombes …) sont très vulnérables et peuvent facilement faire l’objet de lésions.
·       Ne jamais utiliser de menottes « à clés », la personne attachée devant pouvoir se libérer seule.
·       Ne pas utiliser de « jouets » dangereux  (fouet de bouvier, lames, aiguilles,  bâton, canne …) sans avoir acquis une solide expérience et documentation concernant leur usage. En ce compris les règles d’hygiène. Cette liste est loin d’être exhaustive, et la plus grande prudence s’impose. De nombreux sites internet [4] spécialisés fournissent des informations précieuses, notamment en matière de sécurité.
 
Jacques  Splaingaire


Bibliographie:

1] The Journal of Sexual Medicine Volume 5, Issue 7, pages 1660–1668, July 2008 [2]The Journal of Sexual Medicine Article first published online: 16 MAY 2013 DOI: 10.1111/jsm.12192 [3] V.Poutrain (2003) Sexe et pouvoir. Ed.Belin Paris [4] http://cercleo.net/

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