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Ma sexualité est-elle normale ?

Pascal De Sutter



Dans l’article « la normalité en sexuelle » nous avons vu qu’il était très difficile de considérer ce qui est normal ou pas dans le domaine de la sexualité. En effet, tout cela varie beaucoup trop d’une époque ou d’une culture à l’autre pour définir un concept stable. On aimerait bien bannir le mot "norme" ou "normal" du vocabulaire sexuel. En effet, ces mots sont lourds de préjugés et d’étiquetages. Cependant, pratiquement tout le monde se pose un jour la question : « est-ce que telle ou telle pratique sexuelle est normale ? ». Aussi, dans un livre, j’ai tenté d’approfondir la réflexion sur ce sujet.

Si l’on se réfère à un certain discours sociologique, la norme en matière de sexualité tendrait, aujourd’hui en Occident, vers une forme de plus grande "tolérance sexuelle". On observerait l’émergence de ce que les sociologues nomment la "démocratie sexuelle".  

Vu selon la perspective du sexologue clinicien, il s’agit là d’une bien étrange démocratie. En effet, en sexologie clinique, nous traitons chaque jour des victimes de ce qu’il est courant de nommer "la dictature de la performance". Nous recevons des cohortes d’hommes désespérés face aux nouvelles exigences sexuelles. La pression socioculturelle oblige l’homme à performer au lit. Il doit présenter une érection ferme en toutes circonstances (même à un âge avancé !),  il doit "tenir" suffisamment longtemps (alors qu’il est programmé génétiquement pour éjaculer vite), de plus, il doit être sensuel mais pas trop sexuel, habile mais pas trop technicien, doux mais parfois plus ferme, patient mais aussi entreprenant, attentionné mais pas soumis, expérimenté mais pas Don Juan. Ceux qui n’arrivent pas à avoir une érection suffisamment rigide, qui éjaculent trop vite ou qui n’ont pas envie de faire l’amour deux fois par semaine sont-ils anormaux  ? Ou au contraire des victimes d’une « normalité » sexuelle trop contraignante ?

La situation n’est guère plus enviable pour les femmes. Alors qu’il semble que près de quatre femmes sur dix n’éprouvent pas ou peu de désir sexuel, notre société présente comme « anormal » de ne pas avoir envie de faire l’amour. On exige des femmes qu’elles présentent un corps sexuellement attractif pour l’homme, qu’elles soient désirantes et séduisantes, qu’elles éprouvent du plaisir sexuel de façon visible et audible, qu’elle se plient aux modes érotiques, qu’elles aient de l’imagination et des fantasmes et qu’elles atteignent l’orgasme facilement. Et évidemment, il n’est exprimé clairement nulle part comment elles doivent s’y prendre pour arriver à de telles capacités.

Vivons-nous bien une démocratie sexuelle ou plutôt une dictature sexuelle ? Une dictature implicite puisqu’il n’existe aucune loi, aucune sanction formelle qui condamne les "mauvais amants". Mais l’opprobre publique et la honte intime ne sont-elles pas des punitions terribles pour celui ou pour celle qui porte l’étiquette de "frigide", "coincée sexuelle", "mal baisée",  "impuissant" ou "éjaculateur précoce".

Des "normes sexuelles" nous sont continuellement imposées par la société dans laquelle nous vivons. Et cela varie au gré des modes. Avant, il était « anormal » pour une « femme bien » de pratiquer la fellation au de s’exciter avec un sextoy. Aujourd’hui c’est l’inverse : il est parfois presque considéré comme « pathologique » de ne pas aimer de telles pratiques.

Le discours social nous semble pervers dans la mesure où il dit publiquement : « Tout le monde est libre de vivre sa sexualité comme il l’entend à condition de respecter les règles démocratiques» mais implicitement le message semblerait être plutôt : « Vous devez être sexuellement performant et compétent pour être respecté et reconnu socialement !»

A la question : «Ma sexualité est-elle normale ? » on obtient déjà une première réponse. Elle est normale si elle correspond plus ou moins bien aux exigences de performance de notre société contemporaine.

Norme médicale : le sain et le pathologique.

Le concept de santé sexuelle, développé par l’OMS constitue une avancée intéressante. Plutôt que de parler seulement de pathologie en sexologie, tel que cela se pratiquait depuis le XIXe siècle, on se réfère désormais à la santé sexuelle. Si ce concept de sain et pathologique est facile à définir en références aux infection sexuellement transmissibles (SIDA, Herpès, Hépatite, Gonorrhée, etc.) à la liberté d’accepter ou de refuser des relations sexuelles (abus, viols, pédophilie, etc.) ou aux mutilations génitales (excision, infibulation), il devient beaucoup plus difficile à cerner pour les difficultés sexuelles habituellement rencontrées par le sexologue.

Est-ce pathologique de ne plus avoir envie de faire l’amour avec son mari ? Est-ce pathologique d’éjaculer rapidement comme un milliard d’autres hommes sur cette planète ? Est-ce pathologique de ne plus avoir d’érection pour la compagne avec laquelle on vit depuis 30 ans ? Est-ce pathologique de ne pas connaître l’orgasme coïtal ?

Le problème en sexologie réside dans le fait que la majorité des difficultés sexuelles ne peuvent être directement liées à une condition médicale. S’il existe effectivement, par exemple, des liens entre diabète et troubles érectiles, entre déséquilibre hormonal et trouble du désir ou entre prise de médicaments et anéjacualtion, il existe aussi de très nombreuses situations où la difficulté sexuelle surgit entre deux personnes en parfaite santé physique.

Dans la clientèle du sexologue occidental, il est rare qu’une maladie puisse directement être mise en cause pour expliquer un trouble sexuel. De même, les anomalies génétiques ou handicaps physiques à l’origine de problèmes sexuels n’expliquent qu’une minorité des difficultés sexuelles rencontrée en clinique.

Même en quittant la sphère purement bio-médicale pour pénétrer dans le domaine du psychiatre ou du psychologue, on ne trouve pas une dichotomie claire entre sain et pathologique. S’il est désormais établi que la dépression affecte négativement le désir sexuel et que les troubles obsessifs compulsifs nuisent à une sexualité épanouie, on ne peut certainement pas affirmer que les personnes avec des difficultés sexuelles sont tous des individus perturbés mentalement. La majorité des patients en sexologie clinique sont tout à fait sain de corps et d’esprit.

La norme médicale ou psychologique ; la dichotomie sain-pathologique n’explique donc que partiellement les difficultés sexuelles présentées par les clients du sexologue clinicien.

On ne peut pas dire que si vous avez moins de désir sexuel ou une tendance à regarder trop de film porno vous souffrez d’une « pathologie sexuelle ». Votre sexualité ne peut être considérée comme pathologique que si elle est clairement liée à une maladie ou un trouble mental avéré.

La norme statistique : les nombres et les mensonges

Une autre piste pour tenter de savoir si « ma sexualité est  normale » serait la référence à la statistique située dans son contexte socio-historique. Si une femme souffrant de vaginisme demande s’il est normal de ne pas pouvoir être pénétrée vaginalement après de multiples essais, il est facile de répondre : «95% des femmes vivant aujourd’hui en occident et en âge de procréer ne vivent pas de difficultés à être sexuellement pénétrées. Ce n’est donc pas la norme de souffrir de vaginisme ». La référence à un groupe social représentatif pour la (le) client(e) est un outil fort utile. Ainsi, lorsque l’on sait qu’environ 30% des occidentaux éjaculent trop vite, le client souffrant d’éjaculation précoce, informé de cette donnée, se sent moins isolé. Puisqu’un tiers des hommes d’une population comparable vivent une difficulté identique, le sujet se perçoit comme moins « anormal ». La référence à la statistique présente cependant de sérieuses limites.

Le premier piège est de prendre les résultats de grandes enquêtes sur la sexualité pour le reflet exact de la réalité. Alors que, bien souvent, il ne s’agit que du reflet de ce que les gens estiment devoir dire ou penser à une époque donnée et dans un contexte précis. Ainsi, si les Français prétendent avoir en moyenne plus de rapports sexuels que les Allemands, faut-il les croire ? On connaît très peu les véritables comportements sexuels de la population. On ne connaît que ce qu’ils veulent bien en dire. Jusqu’à quel point peut-on se fier à ces statistiques ?

Le deuxième piège consiste à confondre norme statistique et norme médicale. Si la majorité des jeunes de certains milieux nord-américains ont connu une infection par maladie transmissible sexuellement, cela signifie-t-il qu’il est normal de souffrir de ce type de maladie ? De même, si une majorité de femmes de plus de 35 ans sont insatisfaites de leur désir sexuel peut-on considérer cette diminution ou absence de désir comme normale ?

Se comparer aux autres n’est pas la solution. Car on trouvera toujours mieux ou moins bien que soit.

La norme individuelle

A la question « ma sexualité est-elle normale ? » on pourrait substituer la question « Est-ce bon pour moi ? »  ou « Est-ce agréable pour moi ? Est-ce épanouissant ? Est-ce satisfaisant ? ». La norme est mise entre parenthèse pour se centrer sur le vécu subjectif de la personne. Le bien-être de l’individu sert alors de référent à la norme : « Si cela m’apporte du bonheur et que pour moi c’est normal, alors c’est normal ! ».

Mais cette vision des choses est tout à fait individualiste, voire égocentrique. Par exemple il est peut-être bon et agréable pour un homme de sodomiser sa partenaire chaque jour, mais il n’est pas certain que ce soit aussi bon et agréable pour elle.

On serait alors tenter de proposer l’habituelle phrase « entre adultes consentants ». Si deux adultes consentants estiment que leur pratique sexuelle est bonne et agréable à eux deux alors ce serait « normal ». mais que penser alors des gens qui pratiquent des formes de sadomasochismes extrême ? Est-il normal d’avoir besoin de se faire souffrir pour son plaisir sexuel ?

Norme éthique : le bien et le mal

Il semble déraisonnable de limiter la norme à une question individuelle déconnectée de la réalité socioculturelle. On ne peut se contenter de dire à chacun : « Si c’est normal pour vous et que cela vous fait du bien, alors c’est parfaitement normal ! ». Ce serait tenir un discours de psychopathe. La norme doit aussi se référer à une éthique socialement acceptée et acceptable. Cette éthique est évidemment fluctuante suivant les lieux et les époques. Toutefois, les mœurs et le droit peuvent servir de base de référence. On peut déjà supposer que ce qui est interdit par la loi est « anormal ».  On peut ainsi distinguer la normativité des pulsions sexuelles. Par exemple, il est normal d’éprouver parfois du désir sexuel pour un(e) inconnu(e) dans le métro. C’est une pulsion banale. Par contre, il est anormal de toucher sexuellement un(e) inconnu(e) dans le métro. Et c’est d’ailleurs interdit par la loi. C’est toute la différence entre les envies, les pensées, les désirs et…Le passage à l’acte. Cette référence à une norme éthique des conduites sexuelles (ne pas nuire à autrui) est un outil très utile à la réflexion. On peut se dire que son comportement sexuel est normal s’il ne fait de tort ni aux autres, ni à soi-même. Cependant, ce n’est pas aussi simple. Imaginons un homme qui se masturbe quotidiennement en regardant des photos de chèvres. Il est clair qu’il ne fait de mal à personne. Mais est-ce normal ?

Le problème est que chacun possède des opinions et des convictions morales fort variables. Il est dès lors très difficile de s’accorder sur un consensus clair. Finalement, en dehors de situations extrêmes, il est difficile de dire ce qui dans le domaine de la sexualité est normal ou anormal. Evitons donc le terme "anormal". Utilisons plutôt l’expression "hors norme". Par exemple, faire l’amour tous les jours après 30 ans de mariage est un comportement hors norme mais certainement pas anormal.

La notion même de norme est souvent un obstacle à une bonne compréhension de la sexualité humaine. Aussi longtemps que l’on discute de savoir si porter des jarretelles roses pour faire l’amour est normal ou anormal, on reste éloigné du vrai problème. (voir article sur les paraphilies). La véritable question n’est peut-être pas de savoir si un comportement sexuel est normal ou anormal, bien ou mal, mais s’il apporte du bonheur ou du malheur à celui qui le pratique (et à son entourage !). On passe alors d’une dimension sociale ou médicale à une dimension philosophique.

La vraie question n’est pas de savoir si « ma sexualité est  normale ? » mais de se poser la question s’il existe un conflit entre ce que j’éprouve et réalise sexuellement et ce que je voudrais éprouver ou réaliser sexuellement. Autrement dit : « Est-ce que ma sexualité est celle que je souhaite vraiment, du plus profond de mon être ? »

Norme fonctionnelle : Fonctionnalité et dysfonctionnalité sexuelle

Mettons un instant la question de normativité à l’arrière plan. Ce qui devrait intéresser prioritairement l’être humain c’est la souffrance du sujet et/ou de son entourage. Et le rôle du sexologue clinicien est justement de travailler à diminuer la souffrance et augmenter le bien-être. L’objectif ultime étant de tendre vers une forme de bonheur qui passe parfois par le bien-être sexuel, ou, du moins par un certain équilibre psycho-sexuel. La question de la norme devient alors une extraordinaire opportunité de reformuler le problème en des termes thérapeutiques. Il ne s’agit plus de se préoccuper à évaluer si une conduite sexuelle est normale ou anormale mais de tenter à savoir si elle est fonctionnelle ou dysfonctionnelle.

Vivre des troubles érectiles après 60 ans n’est certainement pas "hors norme" sur le plan statistique, ce n’est pas non plus "anormal" dans le sens moral du terme, ni "anormal" sur le plan social, ni même pathologique sur la plan médical ou psychologique. Pourtant, il s’agit bel et bien d’une dysfonction sexuelle dans le sens où le sujet ne peut plus fonctionner de manière satisfaisante sexuellement. Il est donc utile pour le sexologue clinicien de connaître la fonctionnalité sexuelle et d’en établir les limites. Une définition relativement simple peut être proposée :

La fonctionnalité sexuelle c’est la capacité de mener à bien un coït sexuel complet tel qu’habituellement pratiqué en accord avec l’environnement socioculturel large. Le sujet sexuellement fonctionnel possède la capacité psycho-physiologique d’éprouver du désir, de ressentir du plaisir et de conclure avec satisfaction le coït sexuel complet.

Cette définition large laisse la place aux variations individuelles et aux fantaisies de chacun, mais rappelle que nous ne vivons pas seul sur cette terre. La sexualité ne fait sens que dans la mesure où elle s’harmonise avec autrui (norme sociale). En ce sens, cette définition rejoint l’idée de démocratie sexuelle proposée par les sociologues. Toutefois, elle ramène le sujet à sa capacité personnelle de fonctionner sur le plan individuel et social. Et pour fonctionner il doit non seulement être en bonne santé physique et mentale (norme médicale) mais également capable de vivre une sexualité en accord avec l’environnement socioculturel large (norme statistique). Le bonheur sexuel, auquel aspirent de nombreux occidentaux, semble donc passer par la fonctionnalité sexuelle. 

 

Si une des dimensions de cette définition n’est pas présente, il est raisonnable d’estimer que le sujet vit un problème de dysfonction sexuelle.

 

Conclusion : simplicité et bon sens

Il me semble raisonnable de se laisser guider par une interprétation de bon sens.

Reformulons la question « Ma sexualité est-elle normale ? » par : « Est ce que ma sexualité fonctionne de manière satisfaisante et épanouissante pour moi, pour ma-mon partenaire et/ou pour mon entourage social ? » La norme étant alors tout simplement la capacité de fonctionner sexuellement en harmonie avec soi-même, son (sa) partenaire et son milieu socio-culturel large. 

Si vous souhaitez en connaître davantage sur ce sujet, n'hésitez pas à poser une question ou prendre contact avec un de nos sexologues.




Bibliographie:

[1] N.Frogneux et P. De Neuter (2006) « Sexualités, normes et thérapies » Ed. Academia Bruylant

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