Retrouver de l'éveil sexuel quand on est déprimé

Retrouver de l'éveil sexuel quand on est déprimé

La diminution du désir sexuel est l’aspect le plus courant du fonctionnement sexuel à être affecté par la dépression ou les symptômes dépressifs. Casper et al. (1985) ont mis en évidence que la perte d’intérêt sexuel est le second symptôme somatique le plus rapporté après les troubles du sommeil. Frohlich et Meston (2002), montrent cependant que les femmes qui ont des symptômes dépressifs reportent un désir plus grand pour l’activité sexuelle solitaire que les femmes non-dépressives. De manière similaire, Cyranowski et al. (2004), rapportent  une plus grande fréquence de masturbation chez les femmes avec des épisodes de dépression isolés ou récurrents que chez les femmes non-dépressives. Cependant, cette activité auto-érotique ne semble pas augmenter la fréquence et l’envie des relations sexuelles à deux.
 
Chez les hommes, les troubles de l’éveil sexuel, particulièrement les dysfonctions érectiles  se remarquent avec la dépression. Dunn et al. (1999) rapportent que les problèmes pour maintenir ou achever une érection sont associés à une plus grande probabilité de dépression. Thase et al. (1988) ont mis en évidence que les hommes dépressifs ont une tumescence pénienne nocturne significativement diminuée, ainsi que la rigidité pénienne. De plus, le niveau de tumescence pénienne nocturne est comparable à celui d’hommes non-dépressifs mais diagnostiqués avec un trouble érectile organique.
 
Chez les femmes, Dunn et al. (1999) remarquèrent que les problèmes d’éveil sexuel étaient 6 fois plus probables que chez les femmes sans dépression, et que la sécheresse vaginale était 2,3 fois plus probable que chez ces mêmes femmes. Cyranowski et al. (2004), ont mis en évidence que l’éveil sexuel est plus bas chez les femmes ayant des épisodes dépressifs récurrents, même quand ils sont contrôlés par des médicaments. Une autre étude de la même année (Cyranowski et al.) montrait que malgré un traitement, 38% des femmes rapportaient encore des troubles de l’éveil sexuel, ceci suggérant que les symptômes sexuels en lien avec la dépression ne disparaissent pas facilement, même quand la dépression est en rémission.
 
Une étude de Kuffel et Heiman (2006), basée sur le visionnage de films érotiques par un échantillon de femmes met en évidence peu de différences quant à l’éveil sexuel chez les femmes dépressives ou non, mais bien quant aux « schémas-types » ; les femmes ayant un schéma négatif montrant un éveil sexuel et une réponse sexuelle vaginale significativement plus bas. Cela suggère que les pensées négatives ou les affects vécus avant l’activité sexuelle peuvent diminuer les réponses sexuelles, même si un affect positif est introduit plus tard. Inversement, un affect positif peut augmenter les réponses sexuelles, fournissant ainsi la résilience contre les pensées négatives.
 
Par rapport au plaisir et à la satisfaction sexuels, une étude de Laumann et al. (2006) montre que les taux moyens de plaisir sexuel étaient plus bas chez les femmes que chez les hommes, reflétant ainsi  le fait que les plus hauts taux de dépression  se retrouvent généralement parmi les femmes plutôt que les hommes. Cette étude montre aussi la manière dont un bien-être sexuel plus bas supprime globalement le bonheur et démontre que le diagnostique de dépression est associé avec une satisfaction plus basse du fonctionnement sexuel. Il n’est cependant pas clairement établi si la dysfonction sexuelle est causée par la dépression ou si la dépression est causée par la dysfonction sexuelle ; l’une étant potentiellement le symptôme de l’autre.
 
Par rapport à l’anxiété, une étude de Hartmannn et al. (2002) montre que les femmes avec des troubles du désir sexuel sont plus inquiètes et plus anxieuses que les femmes « fonctionnelles » sur le plan sexuel. Chez les hommes, une étude de Dunn et al. (1999)  montre que l’anxiété augmente le risque de problèmes d’érection.
 
Concrètement :
  • La dépression, l’anxiété et la dysfonction sexuelle peuvent se comprendre dans un système au sein duquel elles interagissent et s’influencent mutuellement.
     
  • Les facteurs culturels et sociaux, cognitifs et comportementaux, physiques et biologiques se présentent comme des déterminants complexes, multiples et potentiels des trois syndromes centraux.
     
  • Il est important de prendre les symptômes dépressifs et sexuels au sérieux, d'envisager la mise en place d'une aide professionnelle face à des troubles qu'il peut être difficile de régler seul.


Bibliographie:

Laurent S., Simons A., « Sexual dysfunction in depression and anxiety : Conceptualizing sexual dysfunction as part of internalizing dimension”, in Clinical Psychology Review, 29, 2009, pp. 573-585, disponible en ligne sur www.sciencedirect.com





Consulter les articles dans la même thématique


Voir les articles similaires