Peut-on devenir addict au sexe sur internet?

Pascal De Sutter

Peut-on devenir addict au sexe sur internet?

Internet peut être utilisé pour une foule d’activités en lien avec la sexualité. La toile peut servir à la recherche de matériel sexuel éducatif, à trouver un thérapeute spécialisé dans le domaine de la sexologie. Internet est aussi utilisé pour avoir accès à des sex-shops virtuels, à du matériel de divertissement et de masturbation, ou à s’engager dans des relations virtuelles via des échanges d’e-mails et/ou le chat sexuel, à rechercher des partenaires pour une relation durable. Il sert encore à se procurer des images/vidéos pour le plaisir et/ou la masturbation, etc. Pour certaines personnes, certaines de ces activités sexuelles en ligne peuvent devenir addictives.

On peut parler d’addiction lorsque la sexualité sur Internet devient l’activité la plus importante de la personne et que celle-ci domine ses pensées et ses comportements. Même si la personne n’est pas engagée dans un comportement sexuel sur Internet, elle y pense et anticipe sa prochaine expérience. Ce comportement de consommation de sexualité en ligne permet à certaines personnes de ressentir des sentiments agréables. En effet, suite à leur engagement sexuel en ligne ces individus peuvent par exemple ressentir un sentiment de relaxation après leur comportement sexuel, ou encore, ce comportement leur permet d’éviter de se confronter à un problème de leur vie, etc. Cependant, au fil du temps, un effet de tolérance va se mettre en place, c’est-à-dire que petit à petit, les sentiments agréables éprouvés par la personne vont se stabiliser. L’individu va donc devoir augmenter le temps passé en ligne et la quantité de sexualité consommée afin de retrouver les changements d’humeur qu’il appréciait. Lorsqu’Internet n’est pas accessible, des symptômes de manque peuvent se manifester. La personne va alors commencer à ressentir des sentiments déplaisants et/ou va présenter des symptômes physiques (ex : tremblements, mauvaise humeur, irritabilité) lorsqu’elle n’a pas accès au matériel sexuel en ligne. Finalement, on constate que ce comportement addictif peut faire naître des conflits entre l’utilisateur d’Internet et son entourage (ex : travail, couple, vie sociale, loisir et intérêts), ou des conflits avec soi-même (ex : sentiment de perte de contrôle).

Le phénomène d’addiction sexuelle est davantage présent depuis la création d’Internet. En effet, le côté anonyme d’Internet a été identifié comme un facteur facilitant la consommation de sexualité en ligne. Et cela est particulièrement vrai pour la consommation de pornographie. Il y a en effet beaucoup de gens qui utilisent Internet parce que d’une part, ils ne rencontrent plus l’embarras d’aller dans un magasin pour louer ou acheter de la pornographie, et d’autre part, c’est le moyen le plus rapide d’obtenir le matériel souhaité. Pour expliquer ce phénomène croissant d’augmentation de la dépendance à Internet et à la cybersexualité, Cooper (1998) a développé le modèle du triple A. Ce modèle met en évidence le fait qu’il existe trois facteurs qui favorisent l’utilisation de la sexualité en ligne : l’accessibilité (des millions de sites sexuels sont accessibles 24 h/24, 7j/7), l’abordabilité (une grande partie des sites sexuels sont gratuits ou accessibles à moindre coût), et l’anonymat (la personne peut rester derrière son écran, elle se sent protégée).

En résumé, l’addiction sexuelle à Internet à lieu lorsque :

  • La sexualité en ligne devient l’activité principale de l’individu ;
  • La sexualité occupe les pensées, les sentiments et les comportements de la personne (même lorsqu’elle n’est pas connectée à Internet) ;
  • Un cycle se met en place dans lequel l’individu ressent d’abord des sentiments agréables. Ceux-ci vont peu à peu se stabiliser et s’atténuer. La personne augmente alors le temps passé en ligne afin de retrouver les sensations agréables. Lorsqu’elle n’a pas accès au cybersexe, la personne ressent des sentiments de manque. Cela peut générer des conflits avec ses proches ou le fait de se sentir mal envers soi-même.

Si vous souhaitez en savoir davantage sur ce sujet, n'hésitez pas à poser une question ou prendre contact avec un de nos sexologues.



Bibliographie:

Griffiths, M. (2001). Sex on the internet: Observations and implications for internet sex addiction. J Sex Res, 38(4), 333-342. Cooper, A. (1998). Sexuality and the Internet : Surfing into the new millenium. CyberPsychology and Behavior, 1, 181-187.

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